Arnaques crypto

Arnaques aux crypto-actifs : pig butchering, faux placements et comment se protéger

Guide complet sur les arnaques aux crypto-actifs. Pig butchering, romance scam, faux courtiers, rug pull, Ponzi crypto, phishing — comment les reconnaître et se défendre. Par AVCA Legal.

12 min de lecture·Par AVCA Legal·

Vous pensez être victime d'une arnaque ?

Cessez immédiatement tout versement. Ne communiquez plus avec l'escroc. Consultez la section « Que faire » en bas de cette page et contactez un avocat.

Chapitre 01

Le pig butchering : l'arnaque la plus dévastatrice

Le « pig butchering » (littéralement « découpe du cochon ») est devenu la forme d'escroquerie aux crypto-actifs la plus répandue et la plus destructrice au monde. Son nom vient de la méthode : l'escroc « engraisse » sa victime en gagnant sa confiance sur une longue période avant de « l'abattre » financièrement.

Le mode opératoire suit un schéma précis. Tout commence par un contact apparemment anodin : un message sur WhatsApp, Telegram, Instagram ou un site de rencontre (Tinder, Bumble). L'escroc prétend s'être trompé de numéro ou engage la conversation sur un sujet banal. Il se présente souvent comme un(e) investisseur(se) prospère vivant à l'étranger.

La phase de confiance dure plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. L'escroc construit une relation personnelle — amicale ou romantique — avec la victime. Il partage des photos de son quotidien luxueux, parle de ses réussites financières, et montre progressivement ses « gains » en crypto-actifs sur de fausses plateformes.

L'investissement initial est toujours modeste : 200 à 500 euros. La victime voit ses gains croître rapidement sur la plateforme frauduleuse. Elle est encouragée à retirer une petite somme pour vérifier que « ça fonctionne » — et le retrait aboutit effectivement, renforçant la confiance. Les montants investis augmentent alors progressivement : 1 000, 5 000, 20 000, parfois plusieurs centaines de milliers d'euros.

Le piège se referme lorsque la victime tente un retrait important. La plateforme exige alors le paiement de « taxes », de « frais de déblocage » ou d'une « assurance anti-blanchiment » — autant de prétextes pour extorquer encore plus d'argent. L'escroc disparaît lorsque la victime cesse de payer.

Les pertes moyennes constatées en France dépassent 50 000 euros par victime, certains dossiers atteignant plusieurs millions d'euros. Les victimes sont de tous profils : cadres, retraités, professions libérales, jeunes actifs.

Chapitre 02

Le romance scam et les arnaques sentimentales

Le romance scam (arnaque sentimentale) est une variante du pig butchering centrée sur la manipulation affective. L'escroc crée un profil fictif séduisant sur un site de rencontre ou un réseau social et développe une relation amoureuse intense avec sa victime.

Les signaux d'alerte sont caractéristiques : la personne est toujours à l'étranger et ne peut jamais se rencontrer en personne, les photos sont trop parfaites (souvent volées à des mannequins ou influenceurs), la relation évolue anormalement vite avec des déclarations d'amour précoces, et les demandes d'argent finissent toujours par arriver.

Les prétextes pour demander de l'argent sont variés : un billet d'avion pour venir voir la victime, une urgence médicale, un investissement « garanti » en crypto-actifs, des frais de douane pour un colis, ou le déblocage d'un héritage. La crypto-monnaie est de plus en plus utilisée car les transferts sont difficiles à tracer et irréversibles.

Une variante récente combine le romance scam avec le pig butchering : l'escroc séduit la victime, puis l'initie progressivement au « trading crypto » sur une fausse plateforme. La victime investit par amour et par appât du gain, ce qui multiplie les pertes.

En droit français, le romance scam constitue une escroquerie au sens de l'article 313-1 du Code pénal, punie de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende. L'utilisation d'un réseau de communication aggrave les peines.

Chapitre 03

Les faux courtiers et fausses plateformes de trading

Les faux courtiers constituent une forme d'arnaque massive aux crypto-actifs. Des sites internet imitent des plateformes de trading légitimes avec une interface professionnelle, de faux avis clients et un service client disponible — jusqu'à ce que la victime demande un retrait.

Comment les reconnaître : la plateforme n'est pas enregistrée comme PSAN (prestataire de services sur actifs numériques) auprès de l'AMF ; le site propose des rendements garantis (5%, 10%, 20% par mois) ; un « conseiller » appelle la victime par téléphone de manière insistante ; la plateforme utilise un logiciel de prise en main à distance (AnyDesk, TeamViewer) pour « aider » la victime ; le nom de domaine est récent et la société n'a aucune existence légale vérifiable.

L'AMF publie régulièrement des listes noires de plateformes frauduleuses sur son site internet (amf-france.org). Avant tout investissement, vérifiez que le prestataire figure sur la liste blanche des PSAN enregistrés.

Les faux courtiers utilisent aussi la technique du « recovery scam » : après avoir escroqué la victime, ils la recontactent sous une autre identité en se faisant passer pour un avocat, un organisme de récupération de fonds ou un service de police, et demandent de nouveaux frais pour prétendument récupérer l'argent perdu. C'est une double escroquerie.

Les centres d'appels frauduleux sont souvent situés à l'étranger (Israël, Géorgie, Albanie, Asie du Sud-Est). Ils emploient des « closers » formés aux techniques de manipulation psychologique pour pousser les victimes à investir toujours plus.

Chapitre 04

Le rug pull, le Ponzi crypto et les arnaques DeFi

Le rug pull (littéralement « tirer le tapis ») est une arnaque spécifique à la finance décentralisée (DeFi). Les développeurs créent un nouveau token, en font la promotion pour attirer des investisseurs, puis retirent brutalement toute la liquidité du projet — faisant chuter la valeur du token à zéro. Les investisseurs se retrouvent avec des tokens sans valeur.

Exemples notoires : le token Squid Game (SQUID) qui a perdu 99,99% de sa valeur en quelques minutes après que les créateurs ont retiré 3,4 millions de dollars de liquidité, ou le projet AnubisDAO dont les fondateurs ont disparu avec 60 millions de dollars.

Le schéma de Ponzi crypto fonctionne comme un Ponzi classique : les « rendements » versés aux premiers investisseurs proviennent en réalité de l'argent des nouveaux entrants. Les projets promettent des rendements fixes élevés (1% par jour, 30% par mois) sans activité économique réelle pour les justifier. Lorsque les nouveaux investissements ralentissent, le système s'effondre.

Les arnaques aux NFT se multiplient également : faux projets NFT avec des promesses de valorisation irréalistes, vol de collections par phishing, ou projets dont les créateurs disparaissent après la vente initiale (« mint »). L'achat d'un NFT ne confère aucun droit de propriété intellectuelle sur l'œuvre représentée, sauf stipulation contraire explicite.

Les pump and dump consistent à acheter massivement un token peu connu, à en faire la promotion via des influenceurs ou des réseaux sociaux (souvent Telegram) pour en faire monter le cours artificiellement, puis à tout revendre au sommet. Les suiveurs perdent leur investissement lorsque le cours s'effondre.

Chapitre 05

Le phishing, le SIM swapping et les arnaques techniques

Le phishing crypto vise à voler les clés privées ou les identifiants de connexion aux portefeuilles et plateformes d'échange. Les techniques incluent : de faux emails imitant Binance, Coinbase ou Ledger demandant de « vérifier votre compte » ; de faux sites web reproduisant l'interface d'une plateforme légitime (avec une URL légèrement modifiée) ; de faux airdrops (distributions gratuites de tokens) demandant de connecter son portefeuille à un smart contract malveillant.

Le SIM swapping consiste à usurper le numéro de téléphone de la victime en convainquant l'opérateur mobile de transférer la ligne sur une nouvelle carte SIM. L'escroc peut alors recevoir les codes de double authentification (2FA) par SMS et accéder aux comptes de la victime. Pour s'en protéger : utilisez une application d'authentification (Google Authenticator, Authy) plutôt que les SMS, et contactez votre opérateur pour activer un code PIN sur votre carte SIM.

Les faux supports techniques se manifestent sur les réseaux sociaux (Twitter/X, Discord, Telegram). Lorsqu'un utilisateur publie un problème avec un portefeuille ou une plateforme, des escrocs le contactent en se faisant passer pour le support officiel et demandent sa phrase de récupération (seed phrase) ou ses clés privées. Aucun service légitime ne demandera jamais votre seed phrase.

L'address poisoning est une technique récente : l'escroc envoie de minuscules transactions depuis une adresse ressemblant à celle d'un contact habituel de la victime. Quand la victime copie-colle l'adresse depuis son historique de transactions pour effectuer un virement, elle envoie ses fonds à l'escroc.

Chapitre 06

Les signaux d'alerte : comment reconnaître une arnaque

Les rendements garantis sont le premier signal d'alerte. Aucun investissement légitime ne garantit de rendement, encore moins en crypto-actifs. Toute promesse de gains fixes (« 1% par jour », « 10% par semaine ») est un indicateur quasi-certain d'escroquerie.

La pression à investir rapidement. L'escroc crée un sentiment d'urgence : « l'offre expire demain », « les places sont limitées », « le prix va exploser cette semaine ». Un investissement légitime vous laisse le temps de réfléchir.

L'impossibilité de retirer ses fonds. Dès que des conditions préalables au retrait apparaissent (payer des « taxes », des « frais de déblocage », une « assurance »), il s'agit d'une arnaque. Une plateforme légitime ne demande jamais de payer pour retirer son propre argent.

Le contact non sollicité. Que ce soit par message privé, appel téléphonique ou email, si quelqu'un vous contacte pour vous proposer un investissement en crypto-actifs, c'est très probablement une arnaque.

L'anonymat des porteurs de projet. Un projet crypto dont les fondateurs sont anonymes, dont la société n'est pas immatriculée, ou dont le siège social est une boîte postale aux Îles Caïmans ne présente aucune garantie.

Les témoignages et avis fabriqués. Les fausses plateformes affichent de faux avis sur Trustpilot et présentent de faux témoignages de personnes devenues « riches grâce au trading crypto ». Méfiez-vous des captures d'écran de gains spectaculaires.

La promotion par des influenceurs. Depuis la loi du 9 juin 2023, les influenceurs qui font la promotion de services crypto non enregistrés s'exposent à 2 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende. Si un influenceur fait la promotion d'un token ou d'une plateforme, vérifiez l'enregistrement PSAN auprès de l'AMF.

Chapitre 07

Vous êtes victime : que faire et quels recours ?

1. Cessez immédiatement tout versement. Quelle que soit la raison invoquée par l'escroc (« il faut payer les taxes pour débloquer vos fonds »), n'envoyez plus rien. Chaque versement supplémentaire est une perte supplémentaire.

2. Rassemblez toutes les preuves : captures d'écran des conversations, emails reçus, relevés bancaires montrant les virements, adresses de portefeuilles crypto utilisées, URL des sites frauduleux, identités et numéros de téléphone utilisés par les escrocs. Ces éléments seront indispensables pour la plainte.

3. Déposez plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Vous pouvez effectuer un pré-dépôt de plainte en ligne sur pre-plainte-en-ligne.gouv.fr. Pour les montants importants, adressez-vous directement au procureur de la République.

4. Signalez l'arnaque aux autorités compétentes : à l'AMF via le formulaire en ligne sur amf-france.org, sur la plateforme PHAROS (internet-signalement.gouv.fr) du ministère de l'Intérieur, et à Tracfin si des sommes importantes sont en jeu.

5. Contactez votre banque. Si les virements ont été effectués récemment (moins de 13 mois pour les paiements par carte), une procédure de chargeback peut permettre de récupérer une partie des fonds. Pour les virements bancaires, la banque peut tenter un rappel de fonds.

6. Méfiez-vous des « recovery scams ». Après une arnaque, des escrocs recontactent les victimes en se faisant passer pour des avocats ou des organismes de récupération. Ils demandent des frais pour prétendument récupérer votre argent. C'est une seconde arnaque.

7. Consultez un avocat. Un avocat peut vous accompagner dans le dépôt de plainte, les démarches auprès des autorités, et éventuellement une action civile pour obtenir réparation si les auteurs sont identifiés.

Pour un accompagnement juridique si vous êtes victime d'une arnaque aux crypto-actifs, le cabinet AVCA Legal est à votre disposition.

Document d’information

Ce guide poursuit un objectif exclusivement informatif et documentaire. Les analyses, commentaires et références présentés dans ce guide ne sauraient constituer, en aucune manière, une consultation juridique ou fiscale au sens de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques. Toute décision prise sur la seule base de ces éléments relève de l’entière responsabilité de l’utilisateur. Le cabinet AVCA Legal décline toute responsabilité quant à l’usage qui pourrait être fait de ces informations sans vérification préalable par un professionnel du droit.

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